La Fantastique Morwenna de Jo Walton

Il y a des romans qui après leur lecture rentre directement dans le top dix de vos plus belles expériences. Cet été, j’ai lu Morwenna de Jo Walton.

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Le livre débute par le récit d’une cérémonie étrange célébrée par deux soeurs et destinée à détruire une usine. Morwenna a alors 11 ans et il s’agit de son journal. Quatre ans plus tard, la voilà loin du Pays de Galles où elle a perdu sa sœur jumelle dans un accident de voiture qui l’a laissé handicapée. Pour fuir une mère diabolique, elle retrouve son père inconnu et ses trois tantes tyranniques. Ces dernières, bien peu désireuses de l’accueillir, l’envoie faire ses études dans un pensionnat de bonne famille réservé aux jeunes filles. Là-bas, sa béquille et son accent gallois sont loin de passer inaperçus, pas moins que son intelligence, et la jeune fille devient vite la cible des moqueries de ses camarades.
Pour survivre Morwenna a deux secrets :
– Premièrement elle croit en la magie. Ici pas de baguette ou d’éclairs projetés dans les airs. C’est plutôt quelque chose que vous capteriez du coin de l’oeil, une intention particulière que vous glisseriez dans l’arrangement d’un bouquet de fleurs ou dans la confection d’un gâteau. Mori parle aussi aux fées… quand elles se laissent voir.
– Le second, c’est la lecture. Elle lit comme elle respire, se nourrissant de tous les récits et absorbant, comme pour se construire une armure intérieure, les expériences de leurs héros.
C’est d’ailleurs au travers de cette passion qu’elle trouvera ses meilleurs alliés. Tout d’abord son père, avec qui elle partage un goût certains pour les littératures de l’imaginaire, mais aussi Miss Carole, la documentaliste du pensionnat. C’est avec son aide que Morwenna pourra assister au club de lecture de la bibliothèque municipale. Un univers de discussion et de partage dans lequel notre héroïne finira par trouver amitié et sécurité.

Jo Walton, très peu traduite en France, nous offre au travers du journal de Morwenna un récit aussi frais que profond, abordant une multitude de sujets. Parmi tant d’autres, on retrouve l’adolescence, la sexualité, la famille, les racines, le handicap mais aussi le féminisme, la politique et la mort. Et il ne se passe pas un chapitre sans qu’il ne soit question des lectures de notre personnage principal. Nous sommes d’ailleurs à la fin des années 1970, âge d’or des récits qui ont fondé ce qu’est le paysage de la littérature de l’imaginaire actuel. Je vous conseille dès le départ de vous munir d’un carnet et de votre plus beau stylo afin de noter les très nombreuses références données par l’auteur, vous ne le regretterez pas (Contrairement à moi…). Parmi eux vous retrouverez J. R. R. Tolkien, C. S. Lewis ou encore Douglas Adams et Christopher Priest. Je vous conseille aussi de confier votre petite liste au plus patient de vos libraires car malheureusement beaucoup n’ont pas encore été traduit en France.

J’ai réellement été enchanté par ma lecture. On pourrait presque dire ensorcelée. J’ai été fascinée par le choix de l’auteur de nous raconter la reconstruction de cette petite demoiselle par le récit morcelé que peut donner un journal intime. Morwenna partage avec nous ses réflexions et ses observations et c’est à nous, lecteur, d’associer ses actes, ses lectures ou ses déductions pour reconstituer l’action. Et pourtant, à aucun moment je n’ai eu l’impression que la ligne directrice était floue ou que je passais à côté de quelque chose.
J’ai également trouvé que les citations, les auteurs, ou les titres de livres invitaient à partager l’univers de Morwenna. Je trouve d’ailleurs bien dommage qu’une bibliographie ne figure pas à la fin du livre.
Quand à toute l’évocation de la culture galloise, j’ai trouvé qu’elle donnait un relief original au récit et lui procurait de l’épaisseur. J’ai été charmée que cela passe par la mythologie, la littérature mais aussi la cuisine. La littérature de terroir est parfois bien peu sexy. Ici c’est toute la sensualité d’une Terre qui est exacerbé par le regard d’une adolescente.

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Enfin, j’ai particulièrement aimé le fantastique, le merveilleux, que Jo Walton utilise. Morwenna est de ces récits un peu sombre toujours à deux doigts de tomber dans le lugubre et qui contient pourtant tellement de lumière. Certaines actions nous laissent dans le doute : Est-ce que cela se passe vraiment ? Ou est-ce une métaphore de quelque chose de trop difficile à raconter ? Une allégorie d’une réflexion pleine de doute ? Le fantastique comme je le préfère, celui qui nous plonge avec délice dans l’incertitude.

Allégorie de l’adolescence ou invitation de l’autre coté du miroir ?
Morwenna est sans aucun doute un roman surprenant et brillant ;
de ceux qui remettent un genre à sa place et vous renversent l’esprit.

Voyez-ça comme des Mémoires. Pensez-y comme un de ces recueils de souvenirs dont l’auteur s’est discrédité en se faisant passer  pour un autre qu’il n’était ni par la couleur, ni par le genre, ni par la classe ou la religion. J’ai le problème inverse. Je dois sans arrêt me battre pour qu’on cesse de me prendre pour plus normale que je ne suis. La fiction est bien pratique. Elle vous laisse choisir et simplifier. Ceci n’est pas une belle histoire, et ce n’est pas une histoire facile. Mais c’est une histoire qui parle de fées, donc sentez vous libre de penser que c’est un conte de fées. De toutes façons, vous n’y croirez pas.

Morwenna, de Jo Walton,  éditions Denoël (2014), 352 pages, 21,50€.
Existe également en poche, collection Folio SF (2016).

Dorothy Convention.

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