Le Lac Vongozero de Yana Vagner.

Après le magistral Vongozero publié en 2014 aux éditions Mirobole, finaliste du Grand Prix des lectrices de Elle, Yana Vagner a sorti Le Lac l’an dernier. Diptyque de post-apocalypse, elle nous raconte l’histoire d’Anna, Sergueï et Micha, ainsi que leurs compagnons d’infortune dans une Russie en proie à la destruction. En quelques semaines, une épidémie, qui n’a aucun nom connu, apparue sans sommation, a décimé les 3/4 de la population du pays. Moscou, à une dizaine de kilomètres de chez eux, est en quarantaine depuis des jours, sans que le gouvernement ne donne d’information. Sous l’impulsion du père de Sergueï, cette petite famille recomposée va fuir loin, le plus loin possible. Au fil des étapes de leur voyage, de nouvelles personnes vont agrandir ce petite groupe déjà bien bancal. Mais au fait, que fuient-ils tous ? Et où fuient-ils ?

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C’est le pitch du premier tome de cette mini-saga russe. On ne sait pas grand-chose de ce qu’ils fuient, ce qui est une des grandes réussites de l’auteur. Aucune information n’est donnée, on est aussi perdu que les personnages, la menace n’a pas de nom, pas de visage mais elle est derrière eux, ne les lâchant pas d’un pas. Ils la croisent plusieurs fois, la frôlent au risque de leurs vies. Ce côté un peu mouvant, impalpable de la menace la rend plus effrayante, parce que, en vérité, on est incapable de dire sa dangerosité. D’où vient-elle ? Personne ne semble le savoir mais elle est partout.

Pendant 500 pages, on suit la fuite en avant de notre petit groupe à travers la taïga, vers la frontière finlandaise, vers une maisonnette sur un lac perdu au milieu de nul part. La maladie ne peut pas les trouver là où rien ne vit, non ? Traversant des villes mortes, des villages dévastés, croisant des humains retournés à un état sauvage, un contexte d’anarchie hyper violent, Yana Vagner restitue avec brio l’ambiance d’une fin du monde civilisé qui a pris par surprise. Se pose alors des questions importantes : où trouver du gasoil pour les voitures ? Où trouver à manger ? Comment se protéger des hordes de voleurs qui parsèment les routes ?

Et sur place, comment survivre ? Le second tome lui s’attache à la survie dans ce coin perdu du monde, loin des canaux d’informations possibles. Se pose alors la question de la nourriture, des réserves qui s’épuisent vite à -20°C et du nombre assez élevé de bouches à nourrir. 11 dont 2 enfants qui vivent les uns sur les autres dans une atmosphère tendue, difficilement supportable. Après nous avoir parlé de fuite, Yana Vagner nous parle cohabitation. Comment vivre à 11 dans deux pièces ? Elle conte les tensions, les coups de colère, les difficultés à se nourrir, à pêcher au milieu de l’hiver. Et quand de nouveaux voisins étranges arrivent, les choses se compliquent.

Comment cohabiter avec des inconnus qui sont mieux lotis ? Quand on ne les connait pas et qu’on ne sait de quoi ils sont capables ? Alors que les jours d’une monotonie sans faille s’accumulent, l’auteur arrive à rendre son histoire toujours intéressante, sans en faire trop. Malgré des tâches répétitives, la cohabitation n’est pas de tout repos. Cette arrivée va sortir de leur stupeur nos « héros malgré eux » et les obliger à réfléchir sur leur situation actuelle et sur son avenir. Au printemps, on fera quoi ? Le printemps, cet horizon lointain vers lequel tous les espoirs se portent. Sans raison ?

Les deux tomes sont écrits du point de vue d’Anna, qui n’est en soi pas la protagoniste principale mais qui offre un angle de réflexion intéressant pour le lecteur. N’aimant pas vraiment les gens autour d’elle, on se prends à ne pas la supporter puis à déteste ceux en face d’elle à tour de rôle. Le lecteur est parfois exaspéré par son inaction, sa capacité à faire de grands discours… dans sa tête. Pourtant, en y réfléchissant, cette histoire vu par un autre personnage aurait sûrement perdu de son attrait.

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Grande fan devant l’éternel de post-apocalyptique, encore plus russe, Yana Vagner a réussi à me conquérir avec ce survival pas comme les autres. J’ai essayé de ne pas en dire trop pour ne pas gâcher l’histoire mais il y a quelque chose, une vague qui les menace mais qui jamais n’apparaît vraiment. Un roman de zombies sans aucun zombies dedans, magistralement orchestré par une romancière débutante qui nous entraîne dans les paysages infinis de son pays natal !

Vongozero de Yana Vagner, traduit du russe par Raphaëlle Pache, Mirobole éditions (2014), 470 pages. 22€ / Pocket (2016), 540 pages. 8€.

Le Lac de Yana Vagner, traduit du russe par Raphaëlle Pache, Mirobole éditions (2016),  416 pages. 21,90€ / Pocket (2017), 448 pages. 7,80€.

Géraldine, chouette libraire parisienne.

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