Shangri-La de Mathieu Bablet

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L’histoire se déroule plusieurs siècles après notre ère, la Terre est devenue inhabitable pour des raisons oubliées. Seule survit une colonie humaine dans une station spatiale contrôlée par une unique entreprise : Tianzhu Enterprises. Elle fournit travail, logement, biens de consommations, nourritures, crédits…

Scott est un scientifique embauché par Tianzhu pour enquêter sur d’étranges explosions qui se produisent dans certains vaisseaux scientifiques, disséminés dans l’espace. Cependant, à chaque expédition l’entreprise lui demande de détruire toutes preuves des incidents. Ces étranges méthodes interpellent l’équipage qui travaille avec Scott, dont son frère Virgile, et qui sont de plus en plus sensibles au discours de révolte d’un certain Mister Sunshine. En parallèle, les scientifiques de Tianzhu Enterprises préparent le satellite Titan à devenir habitable par des humains, mais par n’importe lesquels, des humains créés de toutes pièces par l’homme : les Homo sterallis. Pour fabriquer cette nouvelle espèce à partir de « rien » ils doivent créer et stabiliser l’antimatière.

Quels liens entre cette nouvelle espèce humaine et les mystérieuses explosions ? Qui est ce mystérieux Mister Sunshine ? Que cachent les dirigeants de la Tianzhu Enterprises ?

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Un des premiers éléments qui m’a plu dans cet album est le personnage de Scott. Il est, au début, réfractaire à toute idée de changement du système. Il se considère libre de ses choix et de ses mouvements, en sécurité dans la station. Pour lui, le fait que Tianzhu contrôle absolument tout ne le dérange pas sur le plan moral. Cette impression de liberté est révélatrice de cette dictature implicite qui utilise comme arme le consumérisme. En effet, le matraquage publicitaire prône dans toute la station la consommation comme essentielle pour soutenir la colonie.  Les campagnes de lancements de nouveaux produits technologiques font diversion et permettent de créer et répondre en même temps à des besoins non vitaux.

Mais tout n’est pas blanc ou noir. La rébellion menée par Mister Sunshine utilise les mêmes méthodes de manipulation de l’information que Tianzhu, afin d’orienter la foule dans leur sens. De plus, même si l’on sait peu de choses sur le régime qu’il veut mettre en place, on comprend qu’il ne sera pas forcément plus libertaire mais juste différent. L’idée défendue ici c’est que l’homme est fait pour vivre dans une société, avec un cadre, des libertés et des contraintes. Sans cela l’homme part dans une anarchie et se détruit. Tout n’est qu’une question de période, d’aspiration à un moment qui permet l’installation de tel ou tel régime.

Autre idée très intéressante de l’ouvrage : l’entreprise a introduit dans la société des animoïdes, animaux anthropomorphes modifiés génétiquement. Quel intérêt de rajouter à la population de la colonie ces nouvelles espèces ? Celle de créer un défouloir pour les humains. En s’attaquant à cette minorité, les humains ne se discriminent pas entre eux ce qui permet une cohésion dans la société. Même si tous les humains ne maltraitent pas les animoïdes, ils sont les boucs-émissaires « indispensables » à la société.

De nombreuses autres idées et thèmes sont développés dans cet album qui est un véritable hommage à la littérature S.F. et même d’anticipation. J’ai apprécié le fait que l’on n’avait pas besoin d’être un lecteur de Science-Fiction pour aborder cette bande dessinée.

Visuellement, le dessin de Mathieu Bablet est juste magnifique. Les planches se passant dans l’espace expriment très bien ce sentiment de vide et d’infiniment grand. Pour les scènes intérieures, les cases foisonnent d’idée et de visuels architecturaux très beaux et maîtrisés. Le changement de couleur pour passer d’une scène à l’autre permet une très bonne lisibilité.

Le bémol de l’album c’est le côté trop bavard du texte. L’auteur ne laisse pas la possibilité aux lecteurs de comprendre les tenants et aboutissants de l’histoire par lui-même. Son dessin et sa mise en scène expriment pourtant clairement ses intentions. L’exemple le plus flagrant c’est l’introduction très bavarde qui manque de naturel comparée à l’épilogue quasi muet et pourtant très fort, qui conclut à merveille cet album.

Cette bande dessinée a été une des révélations de la rentrée 2016 et nous permet d’être très optimistes sur l’avenir et le talent de Mathieu Bablet.

C’est un auteur à suivre absolument!

*Cet article est tiré d’une chronique faites pour la Bandes des idées de mars (voir notre article sur la BDI). Il a été nourrit par cette expérience et par les interventions du public et des chroniqueurs. Merci à eux.*

Shangri-La de Mathieu Bablet, éditions Ankama, 222 pages, 19.90€.

Tatiana, petit chat libraire

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