Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit et sans armes ? Le début de réponse de Srdja Popovic.

Oui, ceci est véritablement le titre de l’ouvrage dont je vais vous parler. Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit et sans armes de Srdja Popovic est sorti ces dernières semaines en poche chez Payot/Rivages. Srdja Popovic est l’un des créateurs d’Otpor!, un organe révolutionnaire qui entraîna la chute de Milosevic en Serbie au début des années 2000. Depuis, il a créé le CANVAS, pour offrir ses conseils de lutte non-violente à ceux qui en auraient besoin – pour faire tomber un dictateur ou pour juste changer les choses. Dans son ouvrage, il regroupe sous la même bannière son histoire personnelle et ses conseils de lutte.

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Mettant pour une fois les leaders de côté, faisant de Martin Luther King ou de Gandhi des anecdotes dans son histoire, Srdja Popovic raconte ces petits gens qui ont réussi à faire bouger les choses. Son premier conseil ? Commencer petit comme ce marchand israélien qui a réussi à faire plier de grands industriels en ouvrant une page Facebook pour boycotter le fromage blanc, devenu trop cher à son goût. Dans la même idée, qui se souvient qu’Harvey Milk, avant d’être se défenseur des droits des homosexuels connus de tous, a basé sa campagne électorale à San Francisco sur les cacas de chiens ? Selon lui, on ne réussi de grandes choses qu’en commençant par s’attaquer à quelque chose de sa taille parce que là, on peut prouver aux gens qui nous suivent qu’on gagne des combats et que le big boss, on peut le battre aussi, à la fin.

Son deuxième conseil ? Etre cool. Tout le monde, surtout les jeunes, veulent être cool, faire parti de la bande qui a du succès. Quoi de mieux pour ameuter des gens prêts à se bouger qu’en leur offrant un statut dont ils rêvent ? C’est dans cette idée qu’Otpor! avait créé des tee-shirts dont la couleur changeait selon le nombre d’arrestations de son propriétaire. Rendre cool de se faire arrêter par la police politique d’un dictateur rend les choses moins effrayantes pour les militants. Aux Maldives, lors du renversement de Gayoom, les opposants avaient commencé par créer des soirées pique-nique sur la plage de la capitale. Seul divertissement du coin, tout le monde voulait en être. Cela leur a permis de propager au mieux leurs idées.

Le rire est une arme de destruction massive, quoi qu’on en pense. C’est le troisième conseil de Popovic : faire rire en ridiculisant les organes du pouvoir. On a plus peur d’un policier après l’avoir vu faire quelque chose d’incongru. Les Iraniens ont mis en place ce conseil en lançant des balles de ping-pong, marquées de slogans militants bien sûr, dans les ruelles en pente de Téhéran, balles coursées par la police de la ville. Je sais pas pour vous mais après avoir vu un policier courir comme un dératé derrière une malheureuse balle de ping-pong, il y a peu de chances qu’il me refasse peur un jour. Et puis, si vous n’avez pas d’idées, faites manifester vos jouets comme en Russie.

150px-OtporCes conseils, donnés à travers des exemples, permet au lecteur de découvrir l’envers du décor de certaines révolutions récentes, de celle qui ont fait les gros titres des journaux. On découvre ainsi que Srdja Popovic a rencontré les activistes égyptiens avant la place Tahrir ou les syriens après le début du conflit. Sans jamais se mettre en avant, sans jamais juger les choix de ses interlocuteurs, ils nous conte les rencontres avec ces hommes et ces femmes restés dans l’ombre qui voulaient changer les choses dans leur pays. On découvre que malgré les différences culturelles, la non-violence peut prendre des formes très similaires dans tous les pays.

L’une des autre force de cet essai (ouh gros mot !) est que l’auteur ne dramatise jamais les choses. On a tous des idées, de vagues souvenirs sur certains événements contés dans l’ouvrage mais Popovic arrive toujours à trouver la faille, le petit truc qui rend ça moins difficile. Lorsqu’il raconte qu’un de ses amis de presque 2 mètres s’est plié dans un carton pour pouvoir voyager illégalement aux Maldives, on peut pas rester insensible à l’image qui se fait dans notre esprit. Il arrive aussi à éviter la moralisation, à ne pas juger le lecteur qui ne bouge pas. Il ne cherche pas à travers ses mots à rallier les gens à sa cause, il montre juste comment les choses peuvent se faire. Au lecteur de décider s’il veut suivre cette voie non-violente dans la vie de tous les jours.

Après cette lecture, vous saurez comment faire tomber un dictateur en étant seul, tout petit et sans armes.

Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit et sans armes de Srdja Popovic, Petite Bibliothèque Payot (2017), 400 pages. 7,30€.

Géraldine, chouette libraire.

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