Buvez ce sang, c’est mes règles !

Un titre ostentatoire pour un essai qui ne laisse pas ses lecteurs indifférents. Publié chez les éditions La Découverte, Ceci est mon sang d’Elise Thiébaut s’attaque au tabou ancestral (ou presque) que sont les « ragnagnas », le « débarquement des anglais » , les « ourses », la « mauvaise période du mois »… bref, les règles. Mêlant son expérience (après 40 ans de règles mensuelles, elle sait de quoi elle parle) à des informations plus générales, l’auteure explore toutes les facettes d’un sujet trop souvent occulté.

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Commençant par raconter l’arrivée de ses premières règles en 1975 (et les comparant à l’invasion des khmers rouges au Cambodge), l’auteure fait défiler tous les mythes et toutes les croyances qui ont existé – et existent encore – sur les règles. Vous saviez que Simone de Beauvoir elle-même méprisait les règles et disait que ça sentais la violette fanée ? Qu’on a longtemps pensé que le sang menstruel pouvait soigner aussi bien la lèpre que les migraines ? Je vous laisse essayer, vous m’en direz des nouvelles. Ces croyances peuvent paraître hilarantes à l’heure actuelle mais elle ne sont pas si vieilles que ça.

Ce tabou des règles se retrouve dans toutes les strates de la vie des femmes. Tabou à l’adolescence lorsqu’elles arrivent, tabou dans la vie adulte et tabou dans la vieillesse, lorsqu’elles disparaissent. Et ce tabou se répercute dans l’utilisation des protections périodiques. Qui ne s’est jamais retrouvé à demander à voix basse à sa voisine si elle avait pas un serviette ou un tampon, comme si c’était honteux ? Qui n’a jamais rangé une serviette tombée de son sac de façon précipitée en espérant que personne ne l’ai vu ? Comme si les gens autour n’avait pas connaissance que, oui, les femmes ont leurs règles. De nombreuses anecdotes drôles, décalées sont utilisées par l’auteur pour nous raconter sa vie de femme réglée.

En parlant des protections périodiques, bien que son livre soit accessible pour tous, elle n’en oublie pas de parler de choses sérieuses. La composition des tampons et serviettes par exemple. On ne sait pas, à l’heure actuelle, la composition de ces objets qui font pourtant parti de notre quotidien. Lorsqu’elle découvre qu’il y a de l’herbicide dans les serviette, elle fait remarquer que ce n’est pas une pelouse que nous avons entre les jambes. Sans jamais chercher à cracher sur les femmes qui continuent d’utiliser du jetable, elle donne de nombreux conseils sur les moyens de protection : la cup, les serviettes lavables (comme nos grands-mères, oui) ou les tampons biologiques.

Le dernier point qu’elle aborde est peut-être le plus intéressant : celui qui concerne les douleurs menstruelles féminines. Elle explique les connaissances actuelles sur le syndrome prémenstruel (celui où il paraît qu’on est chiantes), son explication physiologique mais aussi toutes les idées misogyne qui y sont liées. Celles qui ont permis de reléguer les femmes au second plan, sur le plan professionnel. On a tous reçu un jour cette phrase exécrable de « Pourquoi tu crises ? T’as tes règles ? » (non je suis juste de mauvais poil). Et elle parle d’un sujet encore très ignoré : l’Endométriose. A cause des du-dites croyances, elle nous apprend que cette maladie (très douloureuse et dangereuse) n’est détectée en moyenne qu’au bout de 7 à 10 ans de symptômes.

En bref, Elise Thiébaut propose de changer les règles à travers un ouvrage plein d’humour, de jeux de mots (sang peur et sang reproche), de références bien trouvées et d’infos capitales que trop peu de femmes connaissent alors que ça les touchent. Un ouvrage à prendre le temps de lire, d’étudier et surtout, qui fait réfléchir sur un tas de sujets passionnants.

Ceci est mon sang de Elise Thiébaut, La Découverte (2017), 248 pages. 16€.

Géraldine, chouette libraire parisienne.

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