Les corps des femmes célébrés par Vero Cazot et Julie Rocheleau : Betty Boob

Aujourd’hui je voulais vous parler d’un album qui m’a littéralement fait chavirer : Betty Boob scénarisé par Véronique Cazot et dessiné par Julie Rocheleau.

Betty Boob c’est l’histoire d’Elizabeth dont la vie est plus que bousculée quand le cancer la déleste d’un sein. Est ce que la maladie s’arrêterait là ? L’opération, la rémission, une perruque et la vie repart ? Non, pas du tout. Le crabe s’invite dans l’après et malmène notre héroïne qui y perd son travail et son mari. Comment pourrait-elle se dire que le meilleur reste à venir ?

Pourtant c’est au travers de l’art et de la danse que la jeune femme va se réconcilier avec elle-même et le regard des autres. Elizabeth devient Betty Boob.

J’aurais tellement à vous raconter sur ce bel album ! Mais je vais essayer de vous laisser un peu de surprise tout de même. 

Tout d’abord, les deux auteures ont su aborder avec une grande profondeur la dureté de se remettre d’une bataille dont le mental comme le corps ne ressortent pas indemnes. Mais loin d’elles l’idée de passer par la pitié et le scabreux : C’est un album vrai et généreux, tendre et follement joyeux.

Mieux que ça Betty Boob est une ode à tous les corps et à la vie. Entre les bulles et les avalanches de cache-tétons se dessine la critique d’une société injuste où les différences remettent en cause le droit de chacun d’avoir une place. Le body shaming ne passe pas que par un tour de taille toujours trop mince ou trop épais. Il faut aussi, entre autre, avoir de la poitrine. Comme il est dit dans le livre :  » Big Sister nous regarde. Prends Garde ! Elle les veut bien en rang, deux par deux. »
Les auteures ont tout compris. Leurs personnages sont tous différents. Ici une jambe de bois, là des seins pareils à deux planètes et dans un recoin, un tout petit sexe. Parfaites imperfections. 

L’album est évidemment bourré d’humour. Un humour décapant, décoiffant, coloré, irrationnel : totalement burlesque. Votre cœur ne saura plus ou donner de la tête. Véronique Cazot s’est appliqué à faire de sa narration un grand huit des sentiments. Au programme euphorie et dépression. 

Dans la tourmente de tous ces bouleversements vous pourrez vous raccrocher au dessin de Julie Rocheleau que l’on avait déjà apprécié dans La Colère de Fantomas.
Les couleurs de l’album sont fantastiques. Ici un rouge désir, là un vert dépression. Un orange incertain couche certains espoirs, le violet velouté d’une belle soirée de lune les raniment. Les cases s’enchaînent comme les corps : gros, petits, tassés, allongés, nombreux ou seul. Elles sont saccadées, prennent de la place, éclatent en une seule page. On veut tout voir et, alors que le texte se fait rare, on passe du temps à regarder ce que l’une à écrit et l’autre dessiné. Du génie dans l’exécution du scénario comme du dessin. Une sacrément belle fusion de deux talents accomplis.

On soulignera les belles références. De La Madone à Josephine Baker, de Betty Boop, évidement, aux amazones. Toutes les femmes sont là. L’histoire n’est qu’un prétexte pour nous en raconter milles.

Ce livre nous parle aussi d’Amour et d’Amitié. Combien il est important d’être bien entouré. Quand ça ne va pas et quand ça va mieux. Il parle de cet Amour qui souffle sur les bleus et se construit sur le bien être de chacun, sur le partage comme sur la différence.
Notre héroïne va nouer de bien belles relations avec des personnes qui ne renient pas sa douleur. Elles vont la pousser a affronter cette absence de sein qui l’encombre tant et la conduire à reprendre pied dans sa vie. 
Après tout “No body is perfect, Elizabeth

A offrir, à dévorer à partager.
Pas besoin de parole quand l’énergie d’un trait
et la force d’une narration
font autant valser les émotions. 

Et pour un avant goût de l’album, vous pouvez écouter la chanson originale de la bande dessinée par Mr Meuble et Veronique Cazot « Dans tous mes états. ».

Betty Boob, de Véronique Cazot et Julie Rocheleau, Casterman, 184 pages, 2017, 25€.

Dorothy Convention

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