La vraie vie : un livre, deux libraires !

Quelle jungle cette rentrée littéraire ! Il y en a tellement, que l’on ne sait plus où donner de la tête. Mais quand nous sommes deux bestioles à vouloir lire le même livre, c’est bien que celui ci flamboie d’intérêt dans cette océan de parutions. On aimerait bien vous dire que la lecture a donné lieu à des débats sans fin sur la qualité de l’engin mais, on va vous décevoir, ce sont plutôt des déclarations d’Amour à Adeline Dieudonné que se sont échangées nos deux libraires à la lecture de La Vraie Vie. Ah pour sûr elles l’ont aimé ce livre ! Alors elles avaient vraiment hâte de vous en parler ! Bonne lecture. 

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La Vrai Vie de Tatiana :

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C’est l’histoire d’un quartier pavillonnaire comme on en trouve partout en France avec une famille de deux enfants qui pourrait être vos voisins. Un père comptable, une mère au foyer, une fille aînée et un garçon. Sauf que dans cette maison, on trouve une chambre supplémentaire qui accueille d’autres habitants, morts. Le père est un chasseur et collectionne ses trophées dans une pièce fermée. Quand ce n’est pas les bêtes qu’il chasse autour du monde, c’est sa femme qui devient généralement la proie. Un événement va venir perturber le fragile équilibre des enfants qui se faufilaient entre les colères de leur père.

Tout le récit de cette fiction nous est raconté par la petite fille. Au début du récit elle n’a que dix ans, elle n’apprécie guère son père pour ses colères mais n’a pas plus d’attachement avec sa mère dont elle ne comprend pas sa passivité et son intérêt plus grand pour ses petits chèvres que pour ses enfants. Son réconfort, c’est son frère. Leur relation fusionnelle est ce qui compte le plus pour elle. A ce moment-là il n’a que six ans et encore toute son innocence, jusqu’au jour où « l’événement » va le faire basculer.

Ce qui m’a beaucoup marquée c’est la violence et la tension omniprésente tout le long du récit. A chaque fois que l’on tourne la page on a peur, peur de ce père qui peut piquer des colères à tout moment. Cependant, ce livre n’est pas un roman sur la violence conjugale. Elle y est, certes, très présente mais c’est surtout un livre sur les violences sexistes. Quand les enfants grandissent on remarque très vite la différence d’intérêt du père envers les deux. Son fils, il est l’héritier de la famille, celui à qui il faut apprendre les bases pour devenir un bon dominant. Quand à la petite fille, plus elle devient femme plus elle devient une proie qu’il faut dominer, rabaisser pour qu’elle ne soit que bonne à marier. Ce qui est fort, c’est que toute cette logique là, que l’on voit en tant que lecteur, la petite fille, elle, ne s’en aperçoit pas ou qu’en partie. Pour elle il est presque normal qu’en tant que fille, elle soit en dessous. Elle sent bien au fond d’elle que quelque chose ne vas pas dans ce schéma mais c’est tout ce qu’elle connait. La révolte et la prise de conscience ne commenceront que plus tard dans l’adolescence.
D’autres personnages viennent éclaircir le quotidien de cette enfant. Des voisins bienveillants, un couple qui s’aime simplement, mais ce ne sont pas non plus des saints et comme beaucoup d’adultes ils vont parfois se révéler décevants…
Même si ce livre s’intitule La Vraie Vie, beaucoup de passages pourront vous sembler exagérés. Justement, déjà l’on sait que malheureusement la réalité rattrape la fiction. Et puis, même si certains passages paraîtront peu réalistes c’est parce qu’ils  sont en réalité  des métaphores de la vraie vie. Ce roman est une illustration de cette mentalité patriarcale qui prône une violence normalisée envers les femmes. Vous remarquerez que je n’ai pas cité une seule fois le nom de cette petite fille, alors que le petit frère lui s’appelle Gilles. Je comprends deux raisons à ça. Tout d’abord, pour une représentation générale de toutes ces petites filles qui vivent ou ont vécu dans un milieu de violence qu’elle soit physique ou mentale. Mais cela peut également représenter le caractère moins important que la société porte envers les femmes, ce n’en est qu’une parmi tant d’autres. Sauf que parfois certaines femmes arrivent justement à s’en faire un, de nom, comme la grande Marie Curie ! Elle va devenir le modèle et la principale motivation pour cette petite fille afin, d’un jour, gagner son indépendance.

Il y aurait beaucoup de choses à dire sur beaucoup de scènes, mais ça serait vous spoiler l’histoire. Et puis je pense qu’il peut faire échos à tellement de choses différentes selon sa propre expérience que je ne voudrais pas vous influencer plus que ça. Je ne peux que vous en encouragez à le lire, car une chose est sûre il vous marquera pour longtemps !

La Vrai Vie de Dorothy Convention 

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Il y a un paysage marqué par les coups de griffes d’un chagrin d’amour grand comme un dragon. Il y a un bois avec une  fée qui décore le toit de sa cabane avec des rayons de soleil. Il y a les carcasses de voitures, La Plume, Le Champion et une petite chienne. Il y a Gilles qui, depuis que la vie l’a mordu, à la tête qui grouille d’ombres. Et puis il y a elle. Qui raconte leur histoire et essaie de le sauver lui, son petit frère.

Elle, qui ne porte pas de prénom, qui s’entasse avec son frère dans une chambre quand celle d’à côté est pleine de corps d’animaux morts. Elle qui vit dans l’ombre terrifiante de son carnassier de père. Elle qui pourrait peut être demander de l’aide à sa mère, si celle ci n’avait pas finit par se réduire à une coquille vide essayant de ne pas se faire définitivement emporter par la tempête. Elle pourrait adopter ce même comportement. N’être plus qu’une chose transparente et utile. Devenir satisfaisante. Mais “elle” est ce “je” qui parcourt tout le récit et se bat pour exister. Tout d’abord pour le petit Gilles, qu’elle ne veut pas abandonner à la morsure du mal ( du mâle ?), puis pour elle même. Elle refuse de n’être qu’une proie tout en choisissant pas de ne pas devenir qu’un prédateur. Elle survit en choisissant d’extraire ce qu’elle a de plus humain en elle, en l’ exhumant au fil des pages et des mois qui passent : La douleur, la tristesse, l’envie. Cette envie qu’elle sent palpiter autant pour les sciences que pour le beau Champion. Elle va la nourrir et la préserver pour ne pas devenir un monstre parmi les monstres.

Un premier roman pour Adeline Dieudonné, autrice belge, déjà repérée pour d’autres textes telle que sa pièce de théâtre Bonobo Moussaka dont elle est aussi l’interprète. La Vraie Vie est en lice pour plusieurs prix dont le Goncourt et vient de remporter Le Prix FNAC. C’est certains Tatiana et moi n’avons pas été les seules à être charmées par la thématique et la couverture rugissante de couleur.

Je l’ai trouvé fort ce livre ! Très fort et fin aussi. La petite héroïne grandit au fur et à mesure des pages comme une belle plante sur une terre putride. Non le féminisme, l’intelligence et la bonté ne viennent pas toujours des terrains les plus propices. Ils peuvent aussi se frayer des chemins à grands coups d’instinct de survie. Nous ne sommes pas obligés de répéter les schémas de ceux qui nous ont élevés et les esprits les plus déterminés sauront trouver leurs modèles et leurs motivations. Et Adeline Dieudonné nous le dit au travers d’un texte égratigné et coloré. Quelques références à la pop culture sont d’ailleurs glissées ici et là. Sans faire l’ambiance, elles ravivent de petits feux d’un autre monde, le terne environnement de notre personnage. A la lecture, mon esprit s’est très vite réfugié dans l’esthétique des films qui ont nourri les années 90 – durant lesquelles se déroulent notre histoire – comme les Goonies ou Mathilda avec, dans un recoin de mon cerveau, la pensée tenace que tout ça pourrait très mal se finir. J’y ai également trouvé un petit air bien plaisant de Terry Gilliam ou encore de Neil Gaiman. De ces auteurs un peu loufoques qui savent manier l’ombre et la lumière et déposer à la croisé de leurs chemins, l’espoir.

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La Vraie Vie, de  Adeline Dieudonné, L’Iconoclaste, 270 pages,  2018, 17€

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