Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan

Lucile est assise sur le côté, elle observe. C’est ce qu’elle a fait une bonne partie de sa vie, observé le monde qui l’entoure, les bonheurs de sa famille, les drames qui s’abattent, la folie qui la submerge. Lucile était une fille, une sœur, une mère, une grand-mère. Elle n’a pas toujours choisi sa vie, mais elle en a choisi sa mort. Sa fille, Delphine De Vigan, a décidé, dans ce récit, de nous livrer « sa Lucile », d’essayer de comprendre cette mère bien souvent impénétrable et de témoigner de cette famille aussi improbable que dysfonctionnelle.

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Quelle claque ce livre. Delphine De Vigan s’attaque à un exercice littéraire et personnelle aussi usité que compliqué. Elle réussit ce tour de force de nous raconter ce qu’il y a de plus intime dans nos vies, notre famille et ses secrets. Le récit mélange différentes temporalités. L’enfance de sa mère racontée à la troisième personne, le présent de l’écriture du roman et l’enfance de l’autrice racontée à la première personne. Les témoignages de l’entourage permettant de recouper les histoires, de reconstituer les scènes telle une journaliste sur le terrain qui tente de transmettre ce qu’elle n’a elle même pas vécu.

Le récit est écrit en trois parties qui nous font rentrer crescendo dans l’intimité de cette famille. Sur le bonheur familial simple et sans tâches telle sur une photo vont se cumuler drames accidentels, aléas de la vie mais aussi actes  impardonnables.

Comme tout récit intimiste réussi, une universalité de l’humain s’en dégage. Tout au long de ma lecture je repensai à ma propre famille. A la chance que j’avais d’avoir mes parents et certains membres proches de moi, mais aussi à certaines de ses failles et de ses souvenirs plus douloureux. Nous avons tous des histoires, certaines plus chargées et destructrices que d’autres. Au final quel héritage en retenir ? Sont-elles héréditaires ? Nous vivons avec notre passé mais aussi avec celui de nos parents. Il faut alors apprendre à le surmonter, à en tirer les leçons pour vivre mais surtout, à s’en détacher pour ne pas le reproduire.

C’est par l’écriture, je crois, que Delphine De Vigan a cherché à accomplir ce détachement.

Je ne peux que vous encourager à lire ce livre d’un doux-amer bouleversant.

Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du verbe, et celui du silence.

Rien ne s’oppose à la nuitde Delphine De ViganLe livre de poche, 409 pages,  2013, 7.90€

Tatiana petit chat libraire

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