On ne badine pas avec le théâtre

Il y a, dans la clientèle de nos librairies, une catégorie de lecteurs que nous appelons “les gros lecteurs”. Cette catégorie est constituée de milles profiles. Leur seul point en commun : ils lisent beaucoup. Que ce soit sur papier, en numérique, qu’ils achètent ou trouvent sur internet, ils consomment et dévorent l’écrit. D’ailleurs, certains à mon grand regret ne fréquentent pas les librairies. Beaucoup de libraires font parti de cette catégorie de lecteurs et j’en suis incontestablement une.

Que lisent les gros lecteurs ? Et bien voilà quelque chose qu’ils n’ont pas forcément en commun. Certains ne vont lire que de la bande dessinée, d’autres uniquement du roman noir ou encore des classiques français, du fantastique. D’autres sont plus hétéroclites. En ce qui me concerne, je lis de tout. Evidemment beaucoup de bandes dessinées, puisqu’il s’agit de ma spécialisation, mais également des romans de différents genres et à l’occasion quelques essais.

Et puis, de temps à autre du théâtre.

IMG_20190526_155932_767

Je suis convaincue que le théâtre est fait pour être lu autant que pour être vu. Après tout, certains auteurs comme Ionesco destinaient leurs pièces uniquement à la lecture. Ce même Ionesco qui se voit jouer depuis plus de 60 ans au Théâtre de la Huchette à Paris. Petit coup du sort…

En France, le théâtre est une partie de notre patrimoine littéraire qu’il ne faut pas négliger. Corneille, Racine, Molière mais aussi Olympes De Gouge, Alfred De Musset, Victor Hugo ou encore Jean Genêt et Alfred Jarry. Et que dire de Samuel Beckett qui écrit sa fameuse pièce En Attendant Godot en français. Les textes de théâtre sont un bon moyen de lire un classique et d’y retrouver les questionnements et raisonnements de très grand.e.s auteur.e.s et cela dans un format assez court. Et oui, si les comédien.ne.s vous livrent des pièces en une heure ou deux, le pari est tenu que vous ne passerez pas plus entre les pages de l’ouvrage.

Lire une pièce de théâtre c’est aussi redécouvrir son texte et les intentions de son auteur. Ainsi au détour d’une discussion, une jeune femme me faisait remarquer que le texte premier de Romeo et Juliette contenait bien plus d’humour que nous avions l’habitude d’en voir dans les mises en scène modernes ou les adaptations. Si le destin de nos amoureux reste le même, les mots de Shakespeare portent à croire qu’il se moquait un peu de cette Amour d’adolescent et de ces jeunes si exaltés. Pas certain que Leonardo et Claire avaient adopté cette vision du texte. Au contraire, parfois, la lecture d’une pièce permet de mieux appréhender une certaine tension et de comprendre les intentions de la personne aux commandes de son interprétation. C’est une autre façon d’apprécier une pièce que d’en connaître l’intrigue.

On pourrait penser qu’il est dommage de déflorer ainsi une histoire mais il n’en est rien. Je pense que c’est là que le théâtre et le cinéma se séparent. Dans un film, à de rares exceptions,  les acteur.rice.s rechercheront le réalisme, retravaillant les prises, jouant la scène avec l’inquiétude de l’exécuter comme elle devrait se passer dans la vie. Au théâtre, le réalisme à tout prix est rarement le choix fait par un metteur.se en scène. Et ceci pour des raisons d’espace, de public, de performance live. Connaître l’histoire pourra, comme dit plus haut, nous laisser nous concentrer sur les choix de mise en scène mais aussi sur la qualité et l’intensité du jeu des comédien.ne.s.

Et puis certaines représentations méritent bien un temps de lecture. Nous parlions du théâtre français mais aller voir une pièce dans un autre pays, dans une langue que l’on maîtrise partiellement ou pas du tout, peut être une formidable expérience si on s’est penché un peu sur le livre. C’est ainsi que je me suis retrouvée à courir après le texte en français de L’Ouest Le Vrai de Sam Shepard car je voulais le voir jouer à Londres par Kit Harington ( Tutafé … Jon Snow) et Johnny Flynn ( un de mes artistes chouchou)… donc en anglais. Une de mes meilleurs expériences théâtrales ! Dans un tout autre cadre, j’avais été invitée à voir l’opéra Les Noces de Figaro dans un grand théâtre européen. Mon amie m’avait conseillée de lire le texte avant la représentation afin de pouvoir en suivre l’histoire. En effet, je ne mets pas les pieds à l’opéra tous les quatre matins, je n’en ai donc pas les codes, mais en plus, Les Noces De Figaro sont chantées en italien dont je ne pipe pas un mot et était pour l’occasion sous-titré en allemand…  Quelle chance j’ai eu d’être aussi bien conseillée et d’avoir pu profiter pleinement du spectacle.

Amoureuse du théâtre, je ne peux que vous inviter à aller en voir mais également à en lire. De plus, beaucoup de textes sont édités dans les petits Librio à 2€, ce serait dommage de s’en priver.

Pour vous donner envie de vous y atteler, je vous laisse avec cette superbe tirade de Perdican adressée à Camille dans le précieux On Ne Badine Pas Avec L’Amour d’Alfred De Musset.

***

Perdican : Adieu, Camille, retourne à ton couvent, et lorsqu’on te fera de ces récits hideux qui t’ont empoisonnée, réponds ce que je vais te dire : Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux ou lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui.

***

Les Caprices de … – On Ne Badine Pas Avec …, de A. De Musset, Librio, 125 p.,  2019, 2€

Dorothy Convention

dorothy-convention

Un commentaire

  1. Coucou chérie, encore des progrès à faire, voici mon évolution : nous deux,Guy Decart,Danielle Steel, Françoise Bourdin, Bandes dessinées 😉 tes écrits, les livres que tu me conseilles bon ce n’est pas mal il me reste le théâtre dur dur Merci Tipoune Bisous ❤

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s