Le lambeau de Phillipe Lançon

unnamedLa date du 7 janvier 2015, comme le 11 septembre 2001 ou le 13 novembre 2015, fait partie de celles dont on sait où l’on était. Lui, Philippe Lançon, s’est retrouvé au cœur de cette journée, dans l’épicentre de ce séisme qui bouleversera notre génération. Il était dans cette réunion de rédaction qui fut sauvagement interrompue. Survivant, c’est pourtant parmi les morts qu’il s’est cru réveillé, dans une mare de haine, de sang et d’incrédulité. Touché par trois balles, une sur chacun de ses membres supérieurs et la troisième en pleine mâchoire, ce n’est pas seulement son visage qui a été défiguré mais son âme aussi.

Une fois l’effroi et la stupeur passés, place à la reconstruction, à la résilience et à la renaissance. Philippe Lançon avant le 7 janvier n’existe plus, il ne pourra plus revenir. C’est donc  le deuil de ses amis et de lui-même qu’il doit faire. Mais il ne sera pas seul, entre son frère qui prend le rôle d’intendant de sa vie, ses parents et ses amis qui lui rendent tour à tour visite, les femmes de sa vie qui tentent de partager ce qu’il peut accepter de sentiments de leur part, et bien sûr les médecins, les infirmières, les chirurgiens, les aides-soignants, les brancardiers, les kinésithérapeutes etc… qui participent à sa reconstruction. Cependant, malgré la présence 24h sur 24 des policiers, c’est surtout la solitude du survivant qu’il va connaître et tenter de nous raconter à travers ce livre. Ce lambeau sur son visage est la marque indélébile de ce que tous nous ne pensions pas possible dans notre pays.

Quand vous lisez ce récit, ça vous remue profondément, au fond des tripes, sans grosses larmes ni pathos. Ça déplace en vous quelque chose d’indicible et d’indiscernable. Au début vous ne pouvez lâcher le récit, vous savez ce qui va arriver, on nous l’a raconté en boucle pendant des semaines. Mais l’après ? Comment vivre après ?  De la Salpêtrière aux Invalides, c’est ce parcours que nous suivons. Philippe Lançon écrit sans haine, sans rancœur et sans envie de revanche. Il y a juste l’idée de pouvoir un jour reprendre goût à la vie, à une certaine normalité qui ne reviendra sans doute jamais de l’autre côté du pont.

 

Le lambeau, de Philippe Lançon, éditions Folio 512p.,  mars 2020, 8.50€

Tatiana, petit chat ex-libraire

14256625_10209391661685091_713500791_n

 

Un commentaire

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s